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 Patrick Weil : Hortefeux 'gonfle les chiffres de reconduites à la frontière'

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Le_simple


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Date d'inscription : 12/01/2009

MessageSujet: Patrick Weil : Hortefeux 'gonfle les chiffres de reconduites à la frontière'   Mar 13 Jan - 21:44

François : Pourquoi s'entêter dans une politique du chiffre ?


Patrick Weil : Parce que fixer un chiffre, et ensuite donner le sentiment que cet objectif chiffré a été réalisé, c'est, depuis que M. Sarkozy a pris en main le dossier de l'immigration et depuis qu'il est président de la République, chercher à montrer qu'il maîtrise l'Etat et son action, qu'il produit des résultats, qu'il ne se contente pas d'annoncer des décisions, mais qu'il les réalise.


Darkside27 : Après les différentes actions menées par M. Hortefeux, votre opinion vis-à-vis du ministère de l'immigration a-t-elle évolué positivement ou négativement ?

Patrick Weil : La création de ce ministère comporte deux dimensions : d'abord, la mise en place d'une administration commune de l'immigration, le rassemblement de services qui auparavant étaient éparpillés, principalement entre trois ministères : l'intérieur, le travail et les affaires sociales, et les affaires étrangères. La fusion de différents services peut rationaliser l'action du gouvernement en matière d'immigration.

Le désavantage de cette formule, c'est qu'elle sépare l'administration de l'immigration de ces trois grands ministères précités, ce qui contribue à les en désintéresser. Cet inconvénient n'était pas visible avec M. Hortefeux, qui disposait de par sa proximité avec le président de la République d'un pouvoir important vis-à-vis des autres ministères. Il n'est pas sûr que dans la durée cela fonctionne de la même manière.

La deuxième dimension de ce ministère, c'est son titre : immigration et identité nationale. M. Hortefeux a voulu banaliser cette dénomination en disant : identité nationale ne signifie que citoyenneté. En réalité, le signal qui s'adressait à un électorat plutôt proche de l'extrême droite, que M. Sarkozy a rallié en partie dès le premier tour de l'élection présidentielle, s'est traduit concrètement, sous M. Hortefeux, par des politiques qui, sur le terrain, permettront de distinguer les étrangers selon les origines nationales, en rupture avec le principe d'égalité. Je pense notamment aux nouvelles exigences imposées aux conjoints de Français pour réaliser leur droit de réaliser une vie commune avec leur époux, et à la réforme de la procédure de naturalisation, qui va créer deux voies distinctes de traitement des dossiers, très discriminantes à l'égard des candidats que les préfectures ne voudront pas traiter prioritairement ou favorablement.

george : Quel est l'impact du nombre d'expulsions sur l'économie française ?

Patrick Weil : Il est très difficile à mesurer. Je n'ai pas le sentiment que les interpellations se produisent en priorité dans les entreprises. Donc je ne suis pas sûr que cet impact soit significatif.

motoperpetuo : Quels sont les effets de la nouvelle politique du regroupement familial (les lois dites Sarkozy et Hortefeux) ?


Patrick Weil : Les nouvelles lois sur le regroupement familial ont surtout augmenté les délais de regroupement, puisque la baisse annoncée par le gouvernement du nombre de regroupement familial tient principalement à l'augmentation de la durée minimum de séjour en France avant le démarrage d'une procédure (passage de 12 à 18 mois en 2006), et à l'augmentation des conditions de ressources et de logement pour réaliser ce regroupement. Les mesures prises qui exigent par exemple des tests de langue française avant l'arrivée en France commencent seulement à entrer en vigueur, on ne peut pas encore en mesurer les effets.

Où va-t-on? : Comment considérer la politique que la France met en place ? Une immigration professionnelle ?!?! Ce qui pour moi veut dire : pillage des têtes, des intellectuels de l'Afrique !

Patrick Weil : Il faut cesser dans ce domaine d'être aveugle ou hypocrite. Si tous les pays du Nord avaient une politique commune de refus d'attirer chez eux l'immigration qualifiée, alors une politique française allant dans le même sens aurait de l'effet. Si la France est le seul pays à pratiquer cette politique, les qualifiés du Sud, qui sont de par leur qualification demandés sur un marché mondial, peuvent aller ailleurs qu'en France si la France ne veut pas les accepter.

Pour sortir de cette quadrature du cercle, il faut inventer des régimes de titres de séjour qui permettent à ces qualifiés du Sud d'avoir une carrière professionnelle au niveau de leurs espérances et en même temps, que cette carrière puisse bénéficier à leur pays. Il faut donc permettre que des cartes de résident attribuées en Europe ou en France puissent rester valides de façon permanente, même si ces qualifiés repartent dans leur pays pour une durée longue.

Il faut permettre aussi aux diplômés de l'enseignement supérieur européen venant de ces pays du Sud d'avoir une sorte de visa permanent qui leur permette de circuler entre chez nous et chez eux. C'est cette solution-là qui permettra de ne pas "piller le Sud" sans empêcher cette élite de réaliser aussi ses aspirations.

Nicolas : Si le Pacte européen demeure à lui seul dépourvu de force contraignante, ne constitue-t-il pas pour autant une victoire politique pour la présidence sortante de l'Union et, personnelle, pour B. Hortefeux ?

Patrick Weil : C'est toute la question du rapport entre le symbolique et le réel. M. Sarkozy avait annoncé un pacte européen sur l'immigration, M. Hortefeux a pu faire signer au bas d'un parchemin l'ensemble de l'Union, et c'est un acte symbolique en soi, puisque c'est le premier texte signé par les 27 pays de la nouvelle Union sur la question de l'immigration. Maintenant, rien n'empêche par ce texte chacun de ces pays de continuer de mener la politique de l'immigration qu'il souhaite.

solenn : Pensez-vous que la politique d'aide au retour soit un succès ? Les aides au retour humanitaires ne servent-elles pas essentiellement à faire gonfler les chiffres des reconduites à la frontière ?

Patrick Weil : Effectivement, cette politique gonfle les chiffres de reconduites à la frontière. Si l'on déduit des chiffres annoncés par M. Hortefeux les retours volontaires et ce qu'on appelle les réadmissions, c'est-à-dire le renvoi dans un pays frontière de la France par lequel un étranger non européen est passé pour venir en France, il y a une baisse des reconduites à la frontière entre 2007 et 2008. Donc sans ce type de reconduites, M. Hortefeux n'aurait pas pu annoncer cette augmentation qu'il a proclamée sur les ondes et les écrans ce matin dans sa conférence de presse.

Jacqueline : La volonté française, et de l'Union européenne, de formaliser ses relations migratoires avec les pays "émetteurs" ne signe-t-elle pas l'entrée des problématiques migratoires dans l'âge de la realpolitik ?

Patrick Weil : C'est plutôt un retour au début du XXe siècle. Vouloir rompre avec le présent sans connaître le passé, c'est parfois se condamner à le revivre. M. Hortefeux ne fait que des choses qui ont déjà été faites au début du XXe siècle avec des pays européens d'immigration, et après les indépendances coloniales. Avec l'Algérie par exemple, avec le Portugal, la Tunisie, le Maroc, de nombreux accords ont déjà été signé. Ont-ils un sens ? Vont-ils avoir quelque portée dès lors que l'entrée en France dépend aujourd'hui d'une politique européenne des visas ? Dès lors que le retour forcé est soumis à des normes européennes ou constitutionnelles ? Dès lors, enfin, que les moyens de circulation des migrants en tant qu'individus ont beaucoup progressé par rapport au début du XXe siècle. La proclamation que ces accords seraient le nec plus ultra de cette "nouvelle" politique d'immigration montre bien que M. Sarkozy a une vision étatiste et policière de la régulation migratoire.

Or, quitte à surprendre, je voudrais dire qu'il aurait peut-être été plus efficace, du point de vue du contrôle migratoire, de procéder autrement. Par exemple en ouvrant plus tôt que la France ne l'a fait ses frontières à l'immigration européenne venue des nouveaux pays membres de l'Union. Nous l'avons fait en juillet 2008, d'autres pays européens (Grande-Bretagne, Irlande, Suède, Italie, Finlande) l'ont fait beaucoup plus tôt que nous. Et les immigrants européens qui sont allés travailler chez eux ont bloqué une grande partie de l'immigration de travail illégale qui aurait pu vouloir s'y développer.

Lily : Les moyens donnés à l'intégration sont-ils suffisants ?

Patrick Weil : Le principal moyen de l'intégration, c'est la sécurité du titre de séjour et la procédure de naturalisation. Si l'on convoque les gens tous les six mois à la préfecture, si on les met dans une situation d'insécurité quant à leur statut parce qu'ils ne maîtriseraient pas assez les "codes" de la société française, la langue française ; si, quand ils veulent se faire naturaliser, on les fait attendre entre sept et dix ans pour leur signaler l'extrême réserve de la France à leur égard, cela ne favorise pas l'intégration. Si, enfin, quand ils sont Français, soit qu'ils aient été naturalisés soit qu'ils soient nés en France et qu'ils aient été Français à la naissance ou dans les années de leur adolescence, ils sont soumis à des contrôles discriminatoires eu égard à leur apparence physique ou à la perception d'une différence culturelle, cela nuit de façon importante à leur intégration.

Et les quelques millions d'euros que l'on consacrerait à des "politiques d'intégration" ne peuvent en aucun cas compenser les effets négatifs des dispositifs que je viens d'évoquer.

Lolo18 : Est-ce que le modèle assimilationniste français est en deuil au profit du modèle anglo-saxon ?

Patrick Weil : Dans tous les pays d'immigration, les étrangers aspirent à l'assimilation... juridique. Ils veulent très souvent avoir les mêmes droits quand ils sont résidents, et souvent ils désirent devenir citoyens de leur pays de résidence. Donc l'assimilation est une disposition pratiquée par tous les grandes démocraties à l'égard de leur immigration.

J'ajoute que les Etats-Unis, souvent présentés comme un modèle d'intégration, pratiquent aussi l'assimilation politique et civique : salut au drapeau, chant de l'hymne national pour des compétitions nationales de base-ball, de football, de rugby, serment d'allégeance aux Etats-Unis tous les jours à l'école publique. C'est de l'assimilation politique. Par ailleurs, il y a une plus grande valorisation des origines culturelles ou nationales des migrants.

La France n'a rien contre le maintien des traditions culturelles nationales. La France, avant les Etats-Unis, et comme l'Angleterre d'ailleurs, a depuis longtemps accepté la double nationalité. Mais c'est vrai, plus tardivement que d'autres pays, elle a développé le droit d'association pour les étrangers.

Il y a aussi chez nous une tendance à ne pas tenir compte de la diversité du rapport à l'histoire de France. On peut se sentir français de différentes façons. Les Alsaciens-Mosellans, qui ont changé plusieurs fois de nationalité en un siècle, ont un rapport à la France plus complexe que les habitants de l'Ile-de-France. Il en est de même des Antillais ou des Français issus du Maghreb, qui ont connu une France un peu différente de celle que les métropolitains connaissent depuis la Révolution française. Et cette diversité-là doit être mieux admise dans les discours publics, dans les manuels scolaires et dans les rapports sociaux.

Mahuf : Pensez-vous que l'Etat a véritablement une légitimité à définir ce qu'est l'identité nationale, plutôt que de laisser ses citoyens l'établir de facto ?

Patrick Weil : L'Etat peut participer et a participé à la construction de cette "identité nationale". Par exemple en définissant les programmes d'histoire dans les écoles, en établissant des commémorations, en construisant des TGV. Le rapport à l'espace a évolué depuis que le TGV s'est développé et a réduit de facto les distances sur l'espace national. Donc, beaucoup de politiques publiques participent à la transformation de l'identité nationale et associer cette identité à l'immigration avait donc un sens particulier, codé, qui rappelait les travaux du Club de l'horloge des années 1980.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/01/13/patrick-weil-hortefeux-gonfle-les-chiffres-de-reconduites-a-la-frontiere_1141419_3224.html
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